Radikal : J'ai entendu des rumeurs selon lesquelles Dre n'aimait pas trop la France. Qu'en est-il d'Eminem ?
Eminem : Nous n'avons rien contre la France, c'est juste que quelques fois, les gens se sont mal comportés avec nous... mais bon, fuck it, on est habitués, moi-même j'aime bien emmerder les gens. De toute manière, je ne suis pas en mesure de te dire si je me plais ou pas en France vu que tout ce que j'ai vu de la France jusqu'à présent, c'est l'intérieur d'une chambre d'hotel...
R. : Quelle est ta drogue préférée ?
E : ( il réflechit ) Hmmm... L'ecstasy, le Baccardi... quelques champignons hallucinogènes ici et là. Je fume de la weed... J'aime bien fumer avant de me mettre à écrire. Le problème, c'est que je ne peux pas fumer avant de faire un concert parce qu'en général, ca me fait oublier les paroles de mes morceaux.
R. : Il est plus facile de se procure de la drogue en Europe ou aux EtatasUnis ?
E : C'est partout pareil, il n'y a vraiment qu'a Amsterdam où la drogue circule plus librement. C'est illégal partout, et le gouvernement U.S. ne rigole pas avec ça. Mais tu peux toujours te débrouiller pour trouver ce que tu veux.
R. : Tu peux nous parler un peu de ton label Shady Records et de la première signature, Dirty Dozen alias D12 ?
E : D12, c'est une crew de gars avec qui je rappais à Detroit bien avant de signer avec Aftermath. Nous étions les 6 meilleurs MC's de Detroit : Bizarre ( affilié, tout comme Eminem, aux Outsidaz ), Proof, Swifty, Kuniva, Kon Arris et moi. On s'est dit qu'il était plus intéressant de travailler ensemble que les uns contre les autres. On était comme une équipe de battle. On s'était dit que même si nous faisions patrie du même groupe, le premier membre qui aurait l'occasion de signer en solo quelque part se devrait de saisir cette occasion et de drainer le reste du groupe avec lui par la suite. Et c'est ce que je suis en train de faire. J'ai préféré qu'ils signent sur Interscope à travers Shady Records pour qu'ils puissent être traités en propriété. Ils sont sur mon nouvel album, et je compte traiter l'album de D12 comme si s'était mon 3e album.
R. : Qui va s'occuper de la production de l'album ?
E : Moi-même. Peu de gens le savent mais je produis pas mal de mes morceaux, que ce soit sur mon nouvel album ou sur celui d'avant. Je travaille avec FTB - l'un d'entre eux maîtrise plusieurs instruments de musque. Soit nous réalisons les morceux ensemble, soit je les dirige et ils concrétisent mes idées. Mon DJ, DJ Head, s'occupe aussi de la production avec moi, il a les meilleurs sons de batterie du monde et il collabore souvent avec moi lorsque je produis un morceau - de la même manière que Mel Man et Dre travaillent ensemble.
R. : Ton album va sortir Shady Records ? Shady Records est un sous-label d'Aftermath, lui-même chez Interscope, ou bien directement un sous-label d'Interscope ?
E : Mon album sort chez Aftermath, je suis signé chez aftermath/Interscope et Shady Records est directement chez Interscope, indépendamment d'Aftermath. Pour l'instant, D12 est l'unique signature de Shady Records. Je suis le directeur artistique de Shady Records, et mon manager Paul Rosenberg m'aide dans cette tâche.
R. : Penses-tu un jour quitter l'aile de Dr Dre, sortir tes disques sur ton propre label et ainsi devenir toi-même un pôle décisif sur l'échiquier du Hip-Hop tout comme Dre peut l'être aujourd'hui ?
E : ( il réfléchit longuement ) Je ne sais pas, je ne pourrai pas te dire, il y'a beaucoup de trucs juridiques impliqués dans ce genre de décision... je préfère ne pas en parler pour l'instant.
R. : Tu t'es fait connaître à travers tes talents de MC de battle. Tu as toujours le temps de participer à des clashs de freestyle ?
E : Je freestyle toujours beaucoup, mais je ne clash plus trop. Non seulement parce que je n'ai pas trop le temps, mais aussi pas ce que ca ne serait pas réellement équitable. Un inconnu qui vient me voir pour me "battle" aujourd'hui me connait par coeur à travers mon premirer album, mes morceaux, l'image de moi à la télévision. Il va pouvoir m'attaquer, me descendre sur pas mal de points alors que moi, je ne pourrai rienfaire d'autre que critiquer sa facon de s'habiller ou de parler, ne connaisant pas sa vie privée. C'est plus facile de "battle" quand on est devenu une personne publique. ( il réflechit.) Qoique, en fait, je pourrai probablement vaincre n'importe quelle personne qui me défierait, encore aujourd'hui.
R. : Et si tu avais l'occasion de clasher Cage que se passerait-il ?
E : Je me suis proposé de clasher Cage une fois, au show radio de Stretch et Bobbito. C'était avant que je signe. Cage faisait courir le bruit que j'avais pris son style, alors que je ne savais même pas qui il était. J'ai demandé à mon manager Paul un exemplaire du disque de Cage pour que je puisse savoir de quoi il s'agissait. J'ai écouté le disque et je me suis rendu compte que je ne ressamblais pas du tout à ce gars-là, que son style ne ressemblait aucunement au mien et qu'il était tout pourri ! Alors on s'esr arrangé pour organiser une battle. Je suis allé au show de Stretch et Bobbito pour clasher Cage et il ne s'est jamais pointé. Le show a été annulé à la dernière minute. Cage était un des artistes de Bobbito ( NDR : son premier maxi, "Radiohed/Agent Orange", était sorti sur le label de Bobbito, Fondle'Em Records ), je laisse aux gens le soin de juger d'où est venu l'ordre d'annuler le show au dernier moment. Si je devais un jour clasher Cage, je le démolirais totalement. Je l'ai descendu dans certains de mes morceaux auparavant ( NDR : pourtant, jamais de manière explicite ). D'ailleurs il est idiot : s'il était intelligent, il se serait débrouillé pour signer un bon deal avec toute la hype que lui a procuré le fait que je parle mal de lui. Enfin, s'il n'a pas signé à ce jour, a mon avis cela démontre bien qu'il n'a pas les épaules pour ça.
R. : Parle-nous un peu de cette controverse autour du single "The Real SlimShady" ( extrait du nouvel album "The Marshall Mathers LP"/NDR ) concernant Christina Aguilera...
E : Sur ce morceau, je descends plusieurs personnes, mais apparement c'est de cette histoire avec Chrisina Aguilera que tout le monde parle. On pourrait m'accuser de l'attaquer juste pour le plaisir de l'attaquer, mais c'est faux - en général je n'attaque jamais le premier. C'est elle qui m'a attaqué en premier sur MTV : on lui avait demandé quels étaient ses 10 clips préférés, et en numéro 7 ou 8, elle avait choisi l'un des miens. Au départ, j'ai trouvé ça sympathique de sa part, mais après que le clip soit passé, elle s'est mise à faire des commentaires sur ma vie privée du genre : "N'est-il pas marié à cette fille Kim ? J'ai entendu dire qu'il avait fait un morceau sur sa fille dans lequel il disait qu'il tuait sa femme, la violence conjugale ce n'est vraiment pas bien, et les relations abusives blablabla." En réalité, "elle faisait de commentaires qui n'avaient rien à voir avec ma musique, et c'est pour ca que je l'ai descendue. Elle a répandu à la télévision des rumeurs qu'elle avait entendues sur moi, et comme j'avais moi-même entendu quelques sur elle, j'en ai parlé dans mon morceau.
R. : Ton premier album s'intitulait "The Slim Shady LP" et celui-ci s'intitule "The Marshall Mathers LP" ( NDR : le premier est son alias, le deuxième son véritable nom ). Est-ce pour exprimer une certaine idée de progression ? Quelles sont les différences entre les 2 albums ?
E : Musicalement, l'album suit les mêmes lignes directrices que le premirer. Le nouveau est mieux produit, Dre s'est occupé de plus de morceaux. C'ai vrai que c'est un album plus personnel. Je dévoile ma personnalité et mes pensées, et toutes les épreuves que j'ai pu endurer depuis l'année dernière. Les critiques ont beaucoup parlé de moi sans réellement me connaître, avec cet album je remets les pendules à l'heure, histoire de leur montrer que je suis un type comme les autres. Les gens pensent que j'ai changé, mais je suis toujours le même, ce sont les gens autour de moi qui ont changé. Des membres de ma famille inconnus au bataillon me passent soudain des coups de fil de je ne sais où, ils sont tous si fiers d'avoir un proche qui a réussi alors que plus de la moitié des gens de ma famille n'ont même pas leurs bacs
R. : Comment évolue les histoires avec ta mère ?
E : Je ne peux pas en parler, tout ce que je peux te dire c'est qu'elle continue d'essayer de me traîner en justice.
R. : Quels sont les thèmes développés sur le nouvel album ?
E : Plein de trucs différents... Dans le morceau "Kim", un "prequel" du morceau de mon premier album, "97 Bonnie & Clyde", je raconte comment j'en suis venu à tuer ma compine et à la transporter dans le coffre de ma voiture pour la noyer. Je raconte ce qui s'est passé avant, c'est-à-dire l'embrouille que j'ai eue avec la fille pour en arriver là. Le morceau "Stan" ( l'un des meilleurs morceaux d'Eminem à ce jour/NDR ) parle d'un fan qui prend tout ce que je dis au pied de la lettre et qui pense qu'il peut s'identifier à tous les trucs de malade que je peux raconter. Il m'écrit plusieurs lettres auxquelles je n'ai pas le temps de répondre et à la fin, il se retrouve à faire quelque chose de vraiment taré - je ne dévoilerais pas quoi, histoire de garder le suspens du morceau. Je raconte pas mal d'histoires dans ce style sur l'album.
R. : Tu penses qu'il est important que les gens qui écoutent ta musique aient le recul et la maturité nécéssaires pour ce rendre contre qu'il ne faut pas prendre tout ce que tu dis au premier degré ?
E : J'ai un sens de l'humour assez sombre et sarcastique, mais quand je rappe, je ne pense pas forcément ce que je dis de manière littérale. Des fois j'essaye juste d'être drôle, d'autres fois, j'essaye juste d'attirer l'attention des critiques pour qu'ils parlent de moi...
R. : Est-ce que tu penses que le Hip-Hop se doît d'être une musique de controverse ?
E : Le fait d'être subversif n'est pas à mon avis essentiel pour le Hip-Hop. Par contre, c'est essentiel pour moi. En tant que MC de battle, j'ai toujours besoin d'attirer l'attention des gens, et c'est la même chose quand je fais un morceau : l'important, c'est lélément de surprise qui va faire que les gens vont te remarquer et faire attention à ce que tu racontes. Mes mots sont comme des armes pour retnir l'attention des gens, il faut que je sois entendu, même si pour cela je me dois de choquer ou d'offenser certaines personnes.
R. : Le mot de la fin ?
E : ( En français ) Suce mes boules !