« Parfois sur scène je joue le rôle de l'Américain moyen, étroit d'esprit et conservateur, qui rejette tout ce qui est différent. Ce rôle est symbolisé par l'alter ego que j'ai créé dans mes chansons, Slim Shady. J'aime endosser ce personnage, juste pour montrer aux gens à quel point ils sont ridicules. Certains ne me comprennent pas et prennent cette ironie au pied de la lettre... ».
Pour couper court à cette polémique, Eminem répondra aussi en chantant peu après en duo avec le chanteur Elton John, engagé dans la lutte contre l'homophobie. Il recevra des mains de celui-ci le prix du meilleur artiste international masculin lors de la cérémonie des Brit Awards de 2001, quelques mois plus tard.
C'est aussi par le personnage Slim Shady qu'il parvient à s'exprimer librement, se vengeant ainsi de tout ce qu'il a subi auparavant et se sert de sa musique comme d'une thérapie : « Pourquoi aurais-je besoin de voir un psy ? Le monde est mon thérapeute ». Il profite aussi de cet alter ego pour répondre aux médias ou autres détracteurs en mélangeant comme à son habitude le sérieux, le cynisme ou l'ironie comme il le fait dans diverses de ses titres : « Les gens disent que j'ai une mauvaise influence/ Je leur réponds que le monde n'est déjà qu'un amas d'immondices, je n'en suis qu'une parmi tant d'autres » dit-il dans le refrain de "Bad Influence". Cette attitude est confirmée dans la chanson « Renegade » (sur l'album The Blueprint de Jay-Z), où Eminem s'adresse à ses auditeurs mais répond surtout aux accusations des médias et de la célèbre secte de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours qui déclarait voir en lui un homme non-croyant possédé par le démon :
« Ils me désignent comme une menace et si ce rôle est véritablement mien, alors je l'accepterai sans broncher / Mais si ce n'est pas le cas, vous allez devoir accepter cette rude et triste vérité [...] Est-ce de la colère que je répend afin d'en nourrir votre esprit ? / Est-ce de la belle musique que je fais afin que vous puissiez la chérir ? / C'est à nous en tant que personne de décider si Shady est aussi mauvais qu'ils le prétendent / Ou si ce dernier est au contraire l'une des dernières échappatoires / Qui utilise sa musique pour le guider, partageant grâce à elle sa vision et ses démons [...] Je briserai la peinture dans laquelle ils me peignent comme un promoteur de la haine ou bien un athée diabolique [...] Je suis le bouc émissaire des médias, le dernier d'une longue liste / Sur lequel ils peuvent pointer du doigt pour se disculper de leurs fautes / Tous, sans exception, se répugnent à te donner le moindre amour; mais qu'ai-je donc fait ? / Je ne suis simplement qu'un enfant de la misère qui a bâti sa fortune sur le dos de ces sangsues ».
En 2001, Eminem enregistre un second album (le premier album majeur) avec les D-12 intitulé Devil's Night, dont les titres "Purple Pills", "Ain't Nuttin' But Music" et "Fight Music" sont remarqués. La même année, des ennuis judiciaires débutent. Les premières accusations sont d'ordre familial : d'abord avec sa mère pour insultes, et ce en particulier pour le titre "Criminal" où Eminem dit :
« Ma mère était plongée dans les drogues – alcool, cigarettes et ecstasy / Une graine allait grandir en elle et devenir aussi folle qu'elle l'était / Lorsque le bébé est sorti, il était défiguré, avait les ligaments malformés / Ne te moque pas de ce bébé car ce bébé c'était moi / Je suis un criminel - un animal que l'on a mis en cage et qui a mal tourné / Mais comment peut-il en être autrement lorsque personne ne te prend en charge ».
Ensuite ce sera le tour de son épouse Kim avec le morceau « Kim » qui conduira par la suite leur union vers un divorce. D'autre part, des lobbys homosexuels le poursuivent devant les tribunaux pour propos homophobes; selon ces derniers Eminem fait la promotion de la violence et de la haine. Il se justifie notamment dans son procès, en expliquant que l'homosexualité des Blancs est un des grands leitmotivs du ghetto qu'il connut dans son enfance. Enfin il se fait arrêter par la police à Detroit après avoir tabassé le rappeur Esham qui s'en était pris verbalement à sa fille sur scène. Suite à l'agression, Eminem ajoutera dans une chanson: « Si je t'entends une nouvelle fois souiller le nom de ma fille, je te tue... ». Le rappeur Esham voudra d'abord porter plainte pour coups et blessures après avoir été emmené à l'hôpital, mais se ravisera par la suite. Finalement le vilain petit canard de Detroit modère son slalom géant entre humour et outrage, politique et polémique, et s'en sort avec des condamnations sous forme d'amendes et une surveillance policière pendant deux ans, mais il conservera la garde de sa fille à qui il dédie une chanson dans l'album The Eminem Show ("Hailie's Song"), puis une autre dans l'album Encore ("Mockingbird").
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